S’incliner devant la Grise.

LaGrise

Saura-t-on encore m’aimer? Quand tout ça aura foutu le camp? La peau, les os, les cheveux, les dents? Saura-t-on? Et moi, le saurai-je? Ou vais-je tenter de lutter contre la déchéanche jusqu’à en faire pitié? Celle qui chasse le naturel, figée et menteuse.

Tant que je ne changerai pas ma façon de voir la vieillesse, tant que je ne trouverai pas la beauté dans l’âge, je demeurerai dans la douleur de me perdre. Une autre reine arrivera pour un nouveau règne. Et je devrai fléchir devant elle.

Comme sa chevelure, sa tenue sera tissée de blanc et d’argent. Elle a délaissé le noir, son teint ne s’y prête plus, maintenant. Le rose a quitté ses joues pour aller colorer les fleurs et les bijoux qu’elle s’offre.  Sa bouche porte les ravages de baisers sauvages, de cigarettes et de bon vin. Ses yeux ont ri plus que pleuré, ce qui pourrait en étonner certains. Son front s’est frappé à la colère et à la surprise. Son menton a relevé presque tous les défis. Ses genoux et ses coudes sont enfin cicatrisés. Elle ne veut plus en parler.

Ses mains sont noueuses, mais solides. Elles peuvent toujours saisir les occasions. Ses jambes ont perdu le ressort mais pas l’aplomb. Sur le parchemin de son dos s’inscrit dix milles glorieuses journées au soleil. Sa poitrine est marbrée par l’amour de l’enfant, son ventre par l’amour de l’homme.

Elle est sage et ne songe plus à l’avenir. Contre son palais, fondent les secondes, savoureuses et sucrées. Pourtant, les maux l’accompagnent comme des chiens fidèles.  Elle leur flatte le museau, distraitement, en ne les remarquant presque plus, et semble tranquille à l’idée d’être un jour dévorée par eux.

Je suis impressionnée par sa majesté. Elle s’élève au-dessus de ma personne. Elle a compris bien des choses. Je me sens si superficielle et vide à présent qu’elle s’avance vers moi. Bien sûr qu’on saura l’aimer. Regardez-là! Où je suis jolie, elle est noble.

Je m’incline. Et pour un peu, je plierais déjà complètement l’échine. Mais ce n’est pas encore le jour de la Reine Grise. Celle qui, après ce qu’on espère un aussi long empire, tirera sa révérence la dernière. Celle-ci m’enjoint à m’accrocher à mon sceptre et replace ma couronne bien droite sur ma tête.  Elle promène un œil amusé à mes vêtements qui soulignent ses anciennes courbes.  Je peux voir que ça lui manque à peine.

Elle me fait ses adieux avant longtemps. Je vous les fais tout autant.

Merci de m’avoir suivi dans mes bouffées et mes tourments.

Je vous embrasse. Tendrement. À bientôt peut-être. À bientôt, sûrement.

Sensuellement vôtre,

Méno-pin-up

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2 réflexions sur “S’incliner devant la Grise.

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