Pogner les blues à rien.

Spleen

Depuis peu, je deviens down plus facilement. Comme ça. D’un coup. Une rupture du spleen et je suis soudain fragile. Les chocs de la vie tels que la mort d’un proche, une peine d’amour ou une facture inattendue et salée de la fois que j’ai fait du drunk-EBay, ces chocs sont plus durs à m’en remettre.

Quand le gazon sous mes pieds nus m’offre une crotte molle entre les orteils, je me décourage plus vite qu’avant. Aujourd’hui, quand ça m’arrive, je veux juste rentrer chez nous tranquille avec mon odeur de merde.

Les blues se mettent alors à jouer de la contrebasse dans ma boîte et mes lunettes se fument. Toutes mes personnalités demeurent silencieuses. Elles hochent la tête et claquent des doigts en écoutant le beat de mon chagrin, leur béret de travers.

Mon cœur grossit de 20 kilos.  Mon corps penche, se Pise, fend et craque. Je suis lourde et relou. Même mes soupirs transforment le CO2 en plomb. Je m’enracine le long de mon divan, du noir mascara coule sur mes joues et colore mes idées.

Je bouffe peu, mal. Traces de graisse et gouttes de vin. Je ne me lave plus. Je regarde la télé sans rien retenir. Je traîne. J’évite les gens. Un texto me renfrogne, tortue. Un rendez-vous me fait complètement autruche. Je suis Greta Garbo dans Grand Hotel et je gémis «I just want to be aloooone» en fermant les yeux, dramatique et douloureuse, la tête sur un cadre de porte.

Je me transforme en malheureuse. Pour rien. Ou j’ai déjà oublié pourquoi. La cause n’est plus importante. Le poids de la tristesse a écrasé ma carcasse et je ne peux plus me relever. Mes larmes sont laides, elles ont le hoquet et les narines baveuses.

Heureusement que je travaille de chez moi. Heureusement que mes écrits ne viennent pas en Odorama. Si j’étais secrétaire ou chauffeure d’autobus, je n’aurais pas le luxe de mon cafard.

Il se peut que de longs jours passent sans que je mette le nez dehors. Mais déjà, quand je me dirige vers la fenêtre pour voir le temps qu’il fait, quand je tords mon menton vers le ciel, alors je sais que je serai bientôt de retour.

Et lorsque je me plante devant le miroir pour faire le saut à la vue de la Gorgone, mon amour propre prend enfin le dessus sur mon mal de vivre. Je me douche, choisis des vêtements en fonction de mes souliers et j’applique une touche de rose sur mon moral.

Voilà! Il est parti le mauvais moment! Il est parti pour le moment. Mais il reviendra. Tralala! Il reviendra quand je ne m’y attendrai pas. Il se fera Georges St-Pierre sur mon cul et me savatera au sol encore une fois.

Mais en attendant, les lilas fleurent bons à nouveau et le soleil va bien finir par me peler les épaules. Au revoir déprime! À la prochaine! J’t’embrasse pas, ok? T’es contagieuse.

Sensuellement vôtre,

La méno-pin-up

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